Analyser le verbatim d'entretiens dans un mémoire

Le verbatim, c'est la matière brute de votre recherche qualitative. Bien utilisé, il crédibilise vos résultats et montre au jury que vous avez vraiment mené des entretiens, écouté vos répondants et construit votre analyse à partir de leurs propos — pas à partir de ce que vous vouliez démontrer.

Pourquoi retranscrire les entretiens en verbatim intégral

La retranscription intégrale sert deux choses. Elle vous permet d'abord de relire les entretiens à tête reposée, loin du moment de l'échange, et d'y repérer des éléments que vous n'aviez pas perçus à chaud. Elle constitue ensuite votre corpus d'analyse : vous ne pouvez pas coder ce que vous n'avez pas écrit. Un entretien écouté mais non retranscrit est un entretien perdu.

La retranscription verbatim reproduit les propos mot pour mot, sans reformulation ni correction stylistique. Les hésitations (« euh »), les répétitions et les silences significatifs (notés « ... ») font partie des données. Ils révèlent parfois ce que le répondant n'arrive pas à dire clairement — c'est là que se cachent souvent les informations les plus intéressantes.

Comment retranscrire concrètement

Commencez la retranscription dans les 48 heures suivant l'entretien, quand votre mémoire de contexte est encore frais. Distinguez clairement les prises de parole :

I : Est-ce que la direction communique sur les objectifs RSE aux équipes terrain ?
R : Euh… officiellement oui, on a des réunions trimestrielles. Mais dans les faits, les équipes… elles entendent parler de ça, mais ça reste abstrait pour elles. Y a pas de lien avec leur quotidien, leur fiche de poste.

Notez en en-tête de chaque retranscription : le numéro de l'entretien, la date, le lieu, la durée, et le profil du répondant (poste, secteur, années d'expérience). Ces informations servent lors de l'analyse et lors de la citation dans le texte.

Une retranscription d'un entretien de 45 minutes représente environ 15 à 20 pages de texte. Si vous avez mené 8 entretiens, prévoyez environ 130 pages d'annexes rien que pour les verbatims. C'est normal. Ne tronquez pas les retranscriptions : placez les intégrales en annexe et ne citez que des extraits dans le corps du texte.

Le codage thématique : transformer les mots en données

Le codage consiste à attribuer des étiquettes (des codes) à des passages du verbatim pour les regrouper ensuite en catégories d'analyse. Il ne s'agit pas de résumer ce que dit le répondant, mais d'identifier quel thème ou quelle dimension de votre problématique ce passage illustre.

En pratique : relisez chaque entretien et annotez dans la marge les thèmes que vous repérez. À la deuxième lecture, comparez les annotations entre entretiens. Regroupez les thèmes proches. Confrontez ces regroupements à vos hypothèses de recherche. Des outils comme NVivo ou une simple grille Excel permettent de faire ce travail de façon rigoureuse et traçable.

Exemple de grille de codage (extrait) :

Thème : Résistance au changement
Extraits codés : Entretiens 1 (p.3), 3 (p.7), 5 (p.2), 7 (p.9)
Hypothèse concernée : H2 — « Les équipes terrain perçoivent la démarche RSE comme une contrainte externe »

Comment utiliser le verbatim dans le corps du mémoire

Dans le corps du texte, vous ne citez que des extraits courts — deux à cinq lignes maximum. Chaque citation illustre un point de votre analyse ; elle ne remplace pas l'analyse. La structure est toujours la même : vous posez une affirmation, vous la montrez avec un extrait, vous l'interprétez.

La démarche RSE reste peu incarnée au niveau opérationnel. Un responsable de site témoigne : « On nous dit que c'est important, mais on n'a jamais de formation là-dessus, et ça ne compte pas dans l'évaluation » (Entretien 4 — responsable site logistique, transport routier, 12 ans d'expérience). Ce décalage entre discours institutionnel et pratiques terrain confirme partiellement l'hypothèse H2.

Précisez toujours le profil du répondant après la citation. Le jury doit pouvoir évaluer si ce propos est représentatif ou singulier. Un directeur général et un opérateur terrain ne parlent pas avec la même autorité ni le même périmètre d'observation.

Le piège de la citation-décoration

Certains mémoires accumulent les extraits d'entretiens sans les analyser. Les verbatims s'enchaînent, les répondants parlent… mais le chercheur, lui, reste silencieux. C'est le signe que l'analyse n'a pas eu lieu. Un jury reconnaît immédiatement ce défaut : les pages sont remplies mais elles ne disent rien. Chaque citation doit être suivie d'une interprétation. Ce que le répondant dit, c'est le fait ; ce que cela signifie au regard de votre problématique, c'est votre travail de chercheur.

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